Le sujet de ce projet tient sa source d’une lignée d’écrits officiels de l’horreur. Depuis son élaboration à dessein, sa rédaction par Colbert (et finalisée par son fils), son application dans les Antilles françaises, et malgré sa toute récente abrogation officielle - le 20 octobre 2026 par le Sénat- les afrodescendants du 21ème siècle subissent toujours ses effets néfastes.Le code a changé :
Le Code BLANC
L’abrogation tant attendue…
Le 13 mai 2026 déjà, l’hémicycle de l’Assemblée Nationale s’était mué en amphithéâtre accueillant symboliquement sur sa scène les prémices de cet événement historique majeur. Celui-ci s’inscrira désormais dans le récit des populations afrodescendantes des communautés françaises souvent étiquetées comme minoritaires.
Le Code Noir n’était -parlons en désormais au passé- ni plus ni moins que la formalisation juridique de l’esclavage. Les sociologues parlent de « fait social total » impactant aussi les dimensions à la fois : civile, religieuse et économique. Usant habilement du paradigme de la contrefaçon du droit commun, le Code Noir s’évertuait à prescrire et légaliser l’impossible réciprocité de rapports égaux par la dénégation pure et simple de l’humanité des personnes esclavagisées. Le pouvoir et la domination en étaient les principaux outils. En outre de ne pouvoir être considéré comme l’égal des autres hommes, l’esclave ne pouvait ni posséder, ni même s’imaginer devenir propriétaire ou participer à l’évolution de la société comme le maitre qui régit son existence.
Du code Noir résonne à notre époque contemporaine l’écho de la blessure suprême que fut l’atteinte à la dignité. Nourrie de la mémoire de la douleur transgénérationnelle inscrite dans notre inconscient collectif, ce dossier brûlant de l’histoire du peuple noir des Antilles est resté bien trop longtemps sous silence. Le mépris de la chosification et l’exercice de la domination a fait couler le sang de millions de victimes. Pourtant, il était aussi rouge que celui de leurs oppresseurs.
Par sa tournure de style royale, la précision des détails concernant les tortures, l’on est confronté à un un texte d’une cruauté brutale élaborer pour régir la vie quotidienne de millions d’individus déportés de leur terre natale vers les Antilles.
Les 66 articles du Code Noir de 1685 n’ont servi qu’à la prospérité de la vie économique d’une nation monarchique aux ambitions tentaculaires. Cette trajectoire contribuera au déterminisme de la classe sociale selon le groupe/la classe raciale.
C’est dans le Code Noir que les jalons racistes ont trouvé leurs sources érigées pendant longtemps en pseudo- fondements scientifiques- inspirant des hommes comme Joseph Arthur Gobineau, par exemple. Aussi divers que dévalorisants, les préjugés se sont auto- alimentés au cours des siècles. Malheureusement, le bien-fondé de ces théories discriminantes basées sur cette pseudo- science a encore bien du mal à être totalement révoqué de nos jours, tant leur prégnance a su s’imposer malgré leurs arguments fallacieux.
Et maintenant ?
Peut-on dire que la page est tournée ? Ou bien... que l’on peut commencer à écrire sur une page blanche ? NON…
Il reste encore la brûlante question des réparations qui divisent l’opinion, les politiques et suscitera encore bien des débats.
L’esprit (post)-colonial vit et sévit plus insidieusement. Il peut- être pointé du doigt encore au XXIe siècle dans bien des domaines :
La politique et l’économie : les statuts (trop) divers qui ne permettent pas le véritable épanouissement du potentiel des îles) qui reflètent une inégalité de traitement flagrantes.
La santé publique et l’éducation : elles sont méprisées, malgré l’urgence des situations en territoires insulaires, cela ne semble pas être un sujet prioritaire pour l’Etat.
La justice à deux vitesses : que dire des affaires révélant la prégnance d’un racisme décomplexé inquiétant, de discriminations elles aussi considérées « ordinaires ». Les cas de bavures policières et l’injustice flagrante qui s’ensuit nourrissent ce malheureux constat.
Si à l’époque les instigateurs et auteurs de ce texte faisaient naïvement preuve de consonnance cognitive, aujourd’hui -pour les descendants des peuples concernés- c’est la notion de dissonance cognitive qui émerge, avec une prise de conscience totale de la blessure outrageusement infligée.
Sans autre arme qu’une plume blanche, la blessure faite à l’encre noire contre le peuple Noir -longtemps ouverte, laissée à vif- peut commencer son processus de guérison … Mais, cela sera rendu possible grâce à nos propres soins que sont : l’éveil de nos consciences, les actions concrètes et efficaces menées pour une cicatrisation complète.
Ma réponse à une mascarade « d’égard royal » pseudo-juridique par la parodie !
De ma plume, moi- femme Noire- j’ai voulu symboliquement renverser l’aliénation unilatérale qui émane de ce texte qui du début à la fin transpire du sentiment de supériorité éhonté. En changeant les perspectives, en inversant des points de vue originellement biaisés, en dénonçant les injustices qui teintent toujours notre monde d’aujourd’hui malgré nos révoltes et nos revendications.
Puisqu’il est admis que le Code Noir fut un texte horriblement déshumanisant et révolu, pourquoi ne pas se l’approprier ? Tenter d’en dégager les vestiges contemporains à la lumière de notre monde dit moderne ? Parce que sous notre drapeau la devise… belle… ambitieuse sonne faux : liberté mais toujours pas d’égalité… malgré toute la fraternité des peuples lésés !
L’abrogation nous ramène au devoir de mémoire et à la reconnaissance de la traite comme crime contre l’humanité, selon la loi Taubira. Néanmoins, si ces crimes et châtiments ont disparu aujourd’hui… À quoi ont- ils laissé place ? De quoi peut- on débattre 178 ans après ?
Certes, il n’y a plus de déportation, plus de commerce des corps, plus de coups de fouets, plus de travail forcé, plus de kidnappings, plus d’humiliation sur la place publique, plus de viols, plus d’exploitation exacerbée ?! Mais, c’est avec ironie que me vient la citation apocryphe de Lavoisier – je l’ai facilement transposé au contexte de l’Histoire :
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »
Lui, évoque la simple conservation des masses (populaires ?!!) lors du changement d’état (civique ?!!) de la matière (nous ?!!) et ces adjectifs qualificatifs apparaissent dans mon esprit !
Cette citation a éveillé ma volonté de considérer lesdites transformations. Alors sans pour autant chercher à ridiculiser l’ineffable - au contraire- j’ai élaboré une parodie aux allures satyriques qui ne prête pas forcément à rire… mais plus à réfléchir ! Quand la parodie ne constitue un exercice comique, c’est une forme de raillerie qui se dégage de ce style littéraire particulier. Mais, il ne faut pas se méprendre : il ne s’agit pas uniquement d’un exercice de style ! En respectant aussi parfaitement que possible la forme syntaxique et structurelle d’origine de ce texte, je souhaite transmettre un message pour offrir un éclairage politico- historique audacieux sur un thème de société qui a déjà fait couler beaucoup d’encre : l’esclavage au temps du colonialisme et ses effets post- coloniaux.
À nouveau, certes les conséquences contemporaines néfastes sont souvent vécues comme des fatalités, un ordre des choses établies, voire immuable. Et pourtant, il n’en est rien… en tant que citoyens et acteurs de la société de nos jours, les descendants des personnes mises en esclavage ont un droit légitime à la revendication et réappropriation de pleins droits de tout élément pouvant leur permettre de (re)trouver un épanouissement concret, durable.
À nouveau, pour la brèche psychologique intergénérationnelle qui en résulte, cela représente, d’ailleurs, un pas certain vers un processus de réparation avec de meilleures augures car aucun peuple ne peut guérir totalement d’une plaie identitaire aussi grave. C’est l’estime de soi qui doit être quotidiennement reconquise, surtout lorsqu’on est victime de discriminations diverses, de racisme dit « ordinaire » ou pire…
Ce projet constitue une forme de revendication en soi, un plus que légitime droit de réponse à un texte qui a condamné une catégorie d’homme comme une simple possession sur la base de la couleur de sa peau.
Ma parodie du Code Noir est une forme d’expression de réparation symbolique 178 ans après…
AfroZement vôtre !
MZCléo
Source, document INA : https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000006821/qu-est-ce-que-le-code-noir-qui-reglemente-l-esclavage-dans-l-empire-francais.html