« Liberté égalité… sans capillarité »
La première fois que j’ai eu la formidable opportunité de présenter mon récit au public, c’était à la seconde édition de la JICT (Journée internationale des cheveux texturés) à l’initiative de Evashair. Quelques temps auparavant, je lui avais fait part de mon projet d’écriture car elle fait partie des personnes réelles évoquées dans le tome 3.
Pour cette toute première présentation publique, il m’avait été accordé une fenêtre de … 5 minutes ! Je n’ai pas su quoi penser de ce laps de temps, au début – une pipelette comme moi … Et finalement, je me suis laissée prendre au jeu de la contrainte temporelle et ai relevé la chose comme un double défi ! Le premier : apprendre à être concise, m’entraîner à déclamer un texte de ma propre production devant plus de 500 personnes ! Cela a donné naissance à ce poème que je partage avec vous, ici !
Blog personnel d'un prof d'histoire-géo et coordo ULIS
Liberté égalité… sans capillarité
Un jour de novembre j’accueille mon fils
Il rentre de l’école avec l’air un peu triste
Comme une mère le fait souvent
Intriguée, j’interroge mon enfant.
Il relate une demande qui l’a bousculé
une drôle de requête qui f’ra tout basculer :
« On m’a demandé d’enlever mes tresses, maman
Que je sois coiffé beaucoup plus simplement ! »
Je pense qu’il n’a pas bien compris
Ce n’est pas quelque chose qu’on demande ça…
Pas aujourd’hui !
Délirant et incongru
Persistant et saugrenu
Les injonctions se réitèrent sans retenue…
Mon fils et moi sommes déçus.
Y aurait-il vraiment une coiffure d’élite ?
Supérieure ? Dans notre population si hétéroclite
Une coiffure justifierait cet acharnement illicite ?
Et l’estime de soi de mon enfant qui se délite ?
Alors sur cette question bien, je médite…
Je partage autour de moi notre inconduite capillaire
Assurée qu’il n’y a eu aucune entorse règlementaire.
Et que malgré cela mon fils est harcelé
Directement ou par CPE interposé !
Lui évidemment, je le rassure sur lui-même, sa chevelure !
« Mon enfant pas de panique,
Quelle loi oblige à arborer une coiffure plus classique !
Je tirerai cela au clair… pas de quoi s’en mettre la tête à l’envers !
Puis… cet appel celui où mes idées s’emmêlent
Cet hallucinant coup de fil bousculant mes idées tranquilles
et voilà… ma sérénité citoyenne s’affole, bat de l’aile, flageole
Liberté, égalité, fraternité en une conversation s’immolent !
« Si vous me disiez monsieur, ce qui vous tracasse ?
Pour quel motif mon fils ne peut- il pas retourner en classe ? »
Mon interlocuteur piaffe, s’exaspère, m’intimide sans menace
De ces propos douteux à l’entendre mon esprit s’angoisse
Son verbe enrobé semble léger mais il est lourd et son signifiant coriace
Il prône ses valeurs, me parle de « coupe de footballeur »
Il minimise la discrimination… « parle de quota », ça fait peur !
Toute sa bienveillance subitement s’efface.
Et de sa soi-disant tolérance, plus aucune trace.
Il s’exaspère et dans une sentence brute achève :
« Il n’est pas acceptable, je vous somme de retirer ses tresses ».
Le propos est mémorable, mais il anéantira toute ma faiblesse…
« Vous ne pouvez pas monsieur m’ordonner de faire couper les cheveux de mon fils,
Il est coiffé ainsi vous aurez noté qu’’il est métis
La coiffure reflète sa culture,
ses cheveux peuvent être tressés c’est dans leur nature ».
Tout de même !
Frôler l’affolement face à un afro formidable
C’est friser la folie pour un motif fort minable
Et tourner en boucle ces mauvais préjugés délétères
C’est entretenir la spirale des litiges capillaires
Alors… j’écris à l’Académie,
N’est-ce pas l’entité à même de gérer ce genre de conflit ?
Ma belle lettre reste lettre morte
et ma voix … comme mes revendications sur le pas de la porte !
… De l’éducation nationale
Cette instance même qui se targue d’annihiler les luttes raciales
Face au silence institutionnel, face la violence émotionnelle
Un courriel …. Celui de Juliette Sméralda… un écrit providentiel !
J’ai décidé de prendre la plume pour entamer un voyage
J’ai décidé de rejeter l’enclume qui pèse sur mon héritage,
En dévoilant un peu de littérature, d’art, musique et autres illustres personnages
Héros passés, présent pour en susciter de futurs, dans leur intellectuel marronage
Pour mes enfants, qu’ils sachent qu’ils possèdent déjà dans leurs bagages…
De quoi s’habiller d’espoir et parader de résistance
Qu’ils sont imprimés d’une histoire symbole même de la résilience.
Et ces cheveux…
vos cheveux, vous, petits et grands,
Sachez…
Qu’ils ont depuis toujours été d’une nature de toute beauté
Qu’ils reflètent vos origines à assumer, à ne jamais renier
Qu’ils ont montré la voie à vos ancêtres pour s’évader
Qu’ils bondissent vers le ciel depuis l’antiquité
Qu’ils se paraient de fil d’or, des pharaons pourraient l’attester
Qu’ils se parfumaient d’huiles pour nous enchanter
Que l’ombre de leur propre auréole les fait briller
Qu’ils séduisent et électrisent les regards sans aucune électricité
Qu’ils se coiffent de façon aussi simple que sophistiquée
Qu’il n’existe aucun endroit où l’on peut vous contraindre de les cacher, ou les transformer !
Bien qu’on en ait une de votée,
Avec ou sans loi…
Qu’ils soient texturés B, F ou C
Il faut les imposer et les sublimer !
Sur chaque tête, haute au regard fier
Clignant de nos cils courbés… sur notre iris solaire
Assumons tous nos cheveux ! Avançons…
Vers l’horizon Crépuscul’hair !
Le poème a été bien accueilli et beaucoup de personnes m’ont encouragée à la fin de l’évènement. Cela m’a redonné du cœur à l’ouvrage, le livre est paru quelques mois plus tard.
AfroZement vôtre - MZCléo
Image de mise en avant de l’article : Mariam’ – Photographie par Alexis Peskine